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COP22

Le rôle incontournable de la société civile

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:4897 Le 14/11/2016 | Partager
La COP n’est pas une rencontre de slogans
Elle doit préciser les mécanismes de mise en œuvre
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Entretien avec Ronan Dantec, sénateur écologiste de Loire-Atlantique, porte-parole chargé du climat pour l’organisation «Cités et gouvernements locaux unis» (CGLU)

- L'Economiste: A votre avis, les délégations présentes à la COP22 sauront-elles impulser un nouvel élan pour que l'accord de Paris devienne réalité?
- Ronan Dantec:
Je crois que cet élan existe déjà par le seul fait que l'accord de Paris a été ratifié par 55% des pays de la planète, et donc sa mise en œuvre commence déjà, moins d'un an après sa signature. Ce qui est vraiment exceptionnel quand on sait que pour le protocole de Kyoto il a fallu plusieurs années pour qu'il soit mis en œuvre (signé en décembre 1997 lors de la 3e Conférence des parties à la convention, COP3 à Kyoto, au Japon, il n'est entré en vigueur qu'en 2005: Ndlr). Ce qui est une reconnaissance que les Etats sont conscients de la gravité des changements climatiques. Il y a un deuxième accord très important signé ces derniers jours (le 15 octobre) pour mettre fin progressivement, d'ici 2050, aux hydrofluorocarbures (HFC), gaz dont l’effet de serre est 14.000 fois plus puissant que le CO2. Gaz principalement utilisés comme réfrigérants, dans les climatiseurs et les réfrigérateurs. Un autre accord sur le transport aérien quasiment scellé, et qui constitue un autre pas dans la lutte contre les dérèglements climatiques bien qu'il soit un peu tardif, celui qui concerne la limitation des émissions carbone dans l'espace aérien. Donc il y a une vraie dynamique internationale qu'on n'a jamais vue auparavant. Maintenant, la COP22 à Marrakech ne doit pas être une rencontre de slogans, mais une conférence qui précise un certain nombre de mécanismes de mise en œuvre pour renforcer toutes ces actions: gouvernance sur l'agenda de l'action, le financement…
- Vous êtes si optimiste…
- Je suis à la fois optimiste de voir une accélération dans la prise de conscience et de la mise en place des cadres d'actions pour lutter contre les dérèglements, mais je suis aussi inquiet face à la rapidité du changement climatique qui nous angoisse tous. La montée de deux mètres des eaux à la fin du 21e siècle, plutôt qu'un mètre prévu, ne peut que nous inquiéter. Mais la mobilisation de la communauté internationale face à cette crise climatique nous laisse quand même une belle lueur d'espoir.

- Croyez-vous que les acteurs non étatiques, avec leurs moyens humains et logistiques modestes, sont capables d'infléchir les politiques étatiques, ou s'imposer comme acteurs incontournables?
- Nous avons réuni à Nantes le premier sommet de l'association «Climate chance» où 3.000 personnes de la société civile internationale étaient présentes, et c'était un franc succès. Cela prouve qu'il y a une vraie mobilisation des acteurs non étatiques. Ce qui est important encore, c'est la capacité de ces acteurs associatifs à s'exprimer ensemble. Je ne pense pas qu'ils soient des acteurs marginaux, car l'action c'est eux. Si les collectivités territoriales, les entreprises et les citoyens n'agissent pas, impossible de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les acteurs non étatiques sont dans les négociations des acteurs périphériques, mais ils sont l'acteur central dans l'action et sur le plan des solutions. Leur rôle n'est pas symbolique, mais il est central dans la définition des mécanismes de mise en œuvre de l'action. L'enjeu de la COP22 à Marrakech est de savoir comment les différents processus qui sont déjà dans l'accord de Paris y seront précisés et renforcés. Précisés et renforcés notamment dans la capacité des acteurs non étatiques, les villes et les entreprises, particulièrement ceux du Sud de la planète, et qui ont la priorité pour avoir accès au financement pour qu'ils puissent agir plus vite.

Responsabilité

- On parle des Etats, des acteurs non étatiques, quid du rôle des citoyens dans cette transition écologique, les premiers à supporter les conséquences climatiques, surtout dans les pays du Sud ?
- Le premier rôle du citoyen actuellement est d'aller voter, et de donner mandat à ses élus pour faire de la lutte contre la crise climatique une priorité des politiques publiques. Et il faut que chacun se pose la question pour déterminer la part de ses responsabilités dans sa manière de vivre, de ne pas consommer trop d'énergie, de ne pas polluer… Cela n'est pas facile. De toute façon, le citoyen ne peut pas y arriver tout seul; il ne peut y parvenir que si autour de lui, à l'échelon local, régional, national et international, il y a des politiques publiques qui l'encouragent à le faire, et qui lui permettent d'agir de la sorte. C'est une rencontre entre le citoyen et les politiques publiques.

 Bio-express

Ronan Dantec est sénateur écologiste de Loire-Atlantique, porte-parole chargé du climat «Cités et gouvernements locaux unis (CGLU)», une organisation qui représente et défend les intérêts des gouvernements locaux et régionaux sur la scène mondiale. C'est l’un des instigateurs du premier sommet «Climate Chance» qui a eu lieu à Nantes du 26 au 28 septembre 2016, où plus de 3.000 acteurs non étatiques d’une soixantaine de pays engagés dans la lutte contre le réchauffement climatique y étaient présents. Dantec était quelque temps adjoint au maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, vice-président de la Communauté urbaine de Nantes (Nantes métropole), chargé de l'environnement et du développement durable, au sein du Groupe Europe-Ecologie Les Verts. Il a notamment conduit la mise en place de l’Agenda 21 de la ville (2005), et du plan climat (2006). Il a piloté avec succès la candidature de Nantes au titre de Capitale verte de l'Europe (lauréate pour l’année 2013).

Propos recueillis par Jaouad MDIDECH

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